• «Un poète doit être un visionnaire»

    SIN N WAWALLEN

    Par DDK | 16 Mars 2016

    ENTRETIEN AVEC MUSTAPHA BENTAHAR DONT LE DEUXIÈME RECUEIL DE POÉSIE «DEUX MOTS» (SIN N WAWALLEN), VIENT DE PARAÎTRE

    «Un poète doit être un visionnaire»

    Le docteur Mustapha Bentahar, spécialiste en allergologie et maladies de la peau, récidive avec un autre recueil de poèmes «Deux mots» (Sin n wawallen), après avoir réussi son premier ouvrage «Ali N’Bouarour, successeur de Si Mohand Oumhand», paru tout d’abord en tamazight et en langue française en 2011, puis traduit en langue arabe. L’auteur, qui n’a pas fait d’études en anthropologie, a réussi tout de même de retracer le parcours de cet illustre tambourineur, mais aussi grand poète de son temps (fin du 19e siècle-début du 20e siècle) et de le faire revivre à tous ceux qui n’ont pas eu l’idée de faire de quelconques recherches sur ce personnage que Mustapha Bentahar compare au grand poète Si Mohand Oumhand, avec lequel il avait des similitudes. D’ailleurs, il l’a si bien écrit «le successeur de Si Mohand Oumhand». Dans ce nouvel opus en vente dans les librairies, l’auteur livre aux lecteurs des poèmes composés durant son adolescence et sa jeunesse. Ce sont des vers marqués par des contemplations et des inspirations. S’il dit qu’un poète ne doit pas seulement donner de l’importance aux mots et aux rimes, il trouve qu’il doit être avant tout visionnaire. Il a bel et bien raison car, lui, déjà à son adolescence, il avait déjà prédit avec ses vers certains phénomènes qui ont eu lieu des années après. Approché juste après la parution de cet ouvrage, sous son pseudonyme, comme pour son premier recueil, Youcef Nath Si Lhoucine, il nous a accordé exclusivement cet entretien pour éclairer les lecteurs sur «Ali n’Bouarour», ce poète inconnu et sur ce titre ô combien révélateur «Deux mots», signifiant «Sin n wawallen», et en arabe «Kalimatane».

     

    La Dépêche de Kabylie : Qui est Mustapha Bentahar ?
    Mustapha Bentahar : Je suis né en 1958. Après des études primaires à Mechtras, j’étais collégien à Boghni au début des années 70, puis lycéen au lycée technique de Dellys. Après avoir décroché mon Bac, j’ai fait des études supérieures en médecine. Actuellement, je suis spécialiste en allergologie, des maladies de la peau et perfectionné en cardio-vasculaire, agréé auprès de la cour et des tribunaux.

    Comment avez-vous eu cette idée d’écrire ?
    Eh bien, mes débuts, je les ai faits au collège. D’ailleurs, les poèmes que je viens d’éditer dans ce recueil «Deux mots» (Sin n wawallen), je les avais composés alors que je n’avais que quatorze ans. Je viens de revivre mon adolescence et ma jeunesse. En somme, c’est de la nostalgie. Je n’ai dépoussiéré que certains d’entre eux. Peut être aussi, c’est un don de Dieu.

    Revenons un peu en arrière. Qui est Ali n’Bouarour ?
    C’est un poète, chanteur, musicien, tambourineur de son temps que j’ai sorti de l’oubli. Son vrai nom est Harbit. Il est né en 1891 selon l’acte établi à Draâ El-Mizan. Il n’était pas connu sous ce pseudonyme par la collectivité mais sous son lignage Ali n’Said Ouamar. Le sobriquet de Ali n’Bouarour lui a été collé en raison de la bosse que portait son père. Je ne reviendrais pas sur sa biographie parce qu’elle a été amplement retracée dans mon premier recueil. Bon pour ce recueil, je l’éditerais sous un autre titre pour lever une petite ambigüité. Le prochain portera le titre «Ali n’Said Ouamar et Mouh Ouali, les suivis de Si Mohand Ouali». Ali n’Bouarour avait laissé un fils qui avait continué ses traces.

    Combien de temps avez-vous mis pour reconstituer le parcours de ce poète ?
    Bon, c’est un travail que j’ai commencé en 1972. J’étais surtout motivé lorsque j’ai entendu que lorsqu’un vieux (une vieille) s’en va, c’est une bibliothèque qui brûle. C’est dans cette optique que j’ai tout de suite saisi cette opportunité pour faire des recherches sur ce personnage. Dieu merci, j’ai réussi cette mission, pourtant, pour laquelle je n’étais initialement pas destiné.

    Docteur, pourquoi «deux mots» ?
    Tout d’abord, je vous dirais que ce n’est pas mon ouvrage. C’est celui d’un adolescent pauvre, malheureux qui ressentait tout ce qui se produisait autour de lui. D’ailleurs, je saisis cette occasion pour le dédier aux collégiens, pour leur faire revivre les sentiments d’un collégien de cette époque-là et aussi aux personnes âgées pour les plonger dans leur nostalgie. Mais je précise que le docteur Mustapha Bentahar n’a pas écrit ni son recueil de poèmes ni son roman autobiographique. Comme la couverture le montre : «deux gouttes d’eau peuvent troubler une mer calme» ou encore «deux mots peuvent ressusciter un mort». Chacun le comprendra comme il l’entend.

    Comme vous avez annoncé précédemment que le poète devrait être un visionnaire, est-ce vérifié à travers ces quatorze poèmes ?
    Évidemment, tout d’abord je vous dirais que par exemple dans ce recueil, j’ai même prévenu certaines situations que nous vivons actuellement, comme par exemple la pollution et bien d’autres. En tout cas, ce sont des poèmes écrits en tamazight que j’ai dépoussiérés et j’en garde encore d’autres. J’ai eu l’initiative de les présenter aux lecteurs pour participer au développement de la littérature amazighe, pour laquelle nous avons milité depuis notre tendre jeunesse et il est temps de le faire parce que c’est un devoir pour moi de ne pas laisser ce trésor moisir au fond d’un terroir.

    Pouvez-vous nous en citer quelques-uns ?
    Sans problèmes. Eh bien, le titre «Sin n wawallen», ayen igh d-yezzin (ce qui nous entoure), erray, ahemmal ufir (l’amour caché), arut (écrivez)… Justement, ce dernier va dans le sens «un vieux qui meurt est une bibliothèque».

    Ces poèmes sans agrémentés par de beaux tableaux. Sont-ils votre création ?
    Non, ce ne sont pas les miens. Ils ont été peints par une illustre peintre et poète en la personne de Khelifi Saliha. C’est elle qui m’a fait la présentation de ce recueil en langue arabe. D’autres ont été l’œuvre de mes enfants. En tout cas, je vois qu’ils illustrent de manière correcte mes thèmes.

    Quels sont les échos qui vous parviennent au sujet de ce deuxième recueil ?
    Il est apparu depuis une semaine. Bon, il est à l’Ouest et au Centre du pays. Au fur et à mesure, il fera son petit bout de chemin. Prochainement, il sera à Tizi-Ouzou. Actuellement, je vous avouerais que ce sont des lecteurs des autres régions qui me le demandent. Ici à Boghni, pas encore. Je ferais sa promotion dans quelques jours.

    C’est votre troisième ouvrage édité. Quel constat faites-vous ?
    Eh bien, ce n’est pas facile. Ce sont des ouvrages que j’ai édités au compte d’auteur. Il faudrait consentir une multitude d’efforts, notamment financiers.

    D’autres projets d’écriture ?
    Il y en a beaucoup de sujets mais il faudrait trouver qui les publierait en ces temps de vaches maigres. Il faudra avoir beaucoup de moyens. Je souhaiterais écrire l’histoire d’un grand défenseur de la région, notre Cheikh El Hocine Benarab, qui avait défendu Boghni contre l’occupant français pendant 28 ans. Il y a aussi des thèmes comme la civilisation de Tamazgha, dont on n’entend pas parler, la médecine traditionnelle. En tout cas, je saisirais cette occasion pour lancer un appel aussi bien aux responsables de notre pays qu’aux éditeurs à jouer le jeu, afin de développer notre littérature et notamment la littérature amazighe. Je vous remercie pour cet entretien.

    Entretien réalisé par Amar Ouramdane.



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  • Commentaires

    1
    Si Akli
    Vendredi 1er Avril 2016 à 22:19

    Depuis 1972 à nos jours, çà fait presque un demi siècle. Rien que çà pour dépoussiérer quelques poèmes et servir votre narcissisme insatiable. Vous prétendez avoir lutté  pour la "littérature amazighe" et ce depuis votre tendre enfance. Peut-on savoir où et comment? Si deux mots peuvent ressusciter un mort, c'est que le mort n'en est pas un! C'est plutôt en deux mots plus un : comprendra qui pourra. Des enfants qui illustrent très bien les poèmes d'un visionnaire si bien qu'au final, on se demande où se trouve le génie. "En avant la zizique et par ici les gros sous", vous m'avez compris.

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