• Mission périlleuse de Draa el Mizan (1961)

    7)Mission périlleuse de Draa el Mizan (1961)

    Les agissements néfastes du traitre Moh N’Essaid, ex-commissaire politique de l’ALN qui s’est rendu à l’ennemi, nous à contraint à procéder à son élimination quel que soit le prix. Avec beaucoup de psychologie, il à tout mis en œuvre à l’effet de rallier les populations civiles à la cause ennemie. Ses actions ont été menées avec le concours des services de la SAS, spécialisée dans l’intox et de la DOP, pratiquant la torture. C’était la politique de la carotte, pour le premier et du bâton pour le second.
    De part son appartenance à l’ALN, avant qu’il ne se soit rendu à l’ennemi, il connaissait, non seulement le terrain, mais aussi toutes les familles de moudjahidine et de chouhada, de toute la région. Pour avoir leur sympathie, il allait même jusqu’à leurs faire accepter certaines offrandes proposées par la SAS, en particulier des vivres dont elles avaient fortement besoin. Aussi et toujours en collaboration avec la SAS, ce traitre envoyait des infirmières dans des villages pour vacciner les enfants et faisait semblant de s’inquiéter sur leurs scolarisation, comme en témoignent les photos insérées au chapitre « d » intitulé « Les Sections Administratives Spécialisées », article 2, intitulé « La propagande des SAS ».
    Cette attitude était de nature à se rapprocher de ces familles dans le seul but d’avoir des renseignements sur les maquis, les déplacements des moudjahidines et leurs soutiens pour les intercepter et anéantir ce qui restait de nos organisations. Nous nous sentions tellement enclavés dans un cercle ne dépassant pas la circonférence d’un « béret » (Tibirits, célèbre formule usitée dans les maquis).
    Pour toutes ces raisons, il fallait organiser une action périlleuse à l’intérieur même de la ville de Draa el Mizan, à fin d’éliminer le dangereux traitre, Moh N’Essaid. Pour ce faire, un groupe de moudjahidin, dont les photos sont insérées ci après ont été prises durant notre séjour dans cette ville.
    Cette action à été organisée par Hachour Mouhand Ouramdan, Lieutenant, membre zonal (zone VI), et exécutée en compagnie d’un groupe composé de :
    Si Ahmed Chihaoui, responsable de la ville de Draa el Mizan
    - Si Salah Ouzrourou, intendant régional (région II, zone IV)
    - Si Belkacem Haddid, infirmier régional (région II, zone IV)
    - Si Ahcen Iverkouken et Si Mouh Ouamer, détachés d’un groupe commando de la même région
    Tous les membres de ce groupe, figurent sur les photos insérées ci-dessous. Ils ont tous survécus aux horreurs de la guerre, notamment à l’opération jumelle et participés à l’édification de l’Algérie indépendante. A l’exception des frères Hadid Belkacem et d’Ahmed Chihaoui, qui viennent de disparaitre, les autres sont toujours vivants à la date de ce 1er Novembre 2015, à ma connaissance.
    Les deux photos ci-dessus ont été prises en 1961, à l’intérieur de la maison de Monsieur Ahmed Kahlouche, laquelle reste inchangée jusqu’à ce jour (voir photo ci-dessous)
    La flèche indique la maison d’Ahmed Kahlouche, la circonférence indique Salah Ouzrourou

    Déroulement de l’opération :
    Le jour J et grâce à notre brave guide le nommé kemoun Abderrahmane, commerçant à Draa el Mizan, nous rentrâmes à l’intérieur de cette ville pour abattre ce traître. Pour l’embusqué, il fallait le surprendre après sa sortie d’un bar qu’il fréquentait presque tous les soirs avant de rentrer chez lui. A ce moment là, il était absent, et comme ses déplacements sur la ville d’Alger étaient fréquents, nous ignorions le jour de son retour.
    Nous nous refugions chez la famille Kemoun, dans l’attente du retour de ce traître. Son absence s’était hélas prolongée et avait durée trois jours. La date exacte de son retour n’étant pas connue, il apparaissait plus judicieux de l’attendre en ville, étant donné que plusieurs entrées et sorties étaient plus dangereuses pour nous que d’y séjourne. Pendant ce temps là, et pour que notre présence ne constitue pas un fardeau lourd à supporter par la famille ôte, nous étions contrains de changer de refuge tous les jours. C’était ainsi que nous nous réfugiâmes chez d’autres familles à savoir, les Kara et Kahlouche, commerçants de leur état. Pour nous déplacer d’une maison à l’autre, nous prenions la camionnette bâchée appartenant à Mer. Kemoun, dont le chauffeur était son fils, le jeune et courageux Abderrahmane. Ce n’était qu’à quelques minutes seulement du couvre-feu, que nous montions sur ce véhicule stationné à l’intérieur du garage.
    Nous avions passés des journées à la fois de bonheur et d’angoisse que je peu résumer ainsi :
    Du bonheur :
    - pour toute cette disponibilité et la sincérité dont nos ôtes ont fait preuve à notre égare (hébergés, nourris, blanchis et bien gardés).
    De l’angoisse :
    - pour l’incertitude de la réussite de notre périlleuse mission.
    - pour notre séjour assez prolongé dans une ville aussi quadrillée que celle de Draa el Mizan, nos ôtes étant exposés eux aussi, aux dangers réels qui découleraient de cette action. Au terme du troisième jour, notre guide et chauffeur Abderrahmane Kemoun, nous informât de la présence de Mouh N’Essaid. C’était pour nous la délivrance. En ce moment précis, nous étions chez monsieur Ahmed Kahlouche. Ne connaissant pas personnellement Mouh N’Essaid, notre guide Abderrahmane, nous a donné son signalement à même de le reconnaître. Les habitants ne pouvant pas circuler dans la ville, couvre-feux oblige, il n’y avait pas risque de nous tremper de cible. Après avoir pris le dîner à l’avance chez la famille Kahlouche, et au coucher du soleil, soit tout à fait au début du couvre-feu, nous sortions dans la rue pour embusquer Mouh N’Essaid. Les rues étaient désertes, nous étions répartis tout au long de la rue que devait emprunter Mouh N’Essaid qui tardait à se montrer. Les consignes données par si Mouhand Ouramdan à notre groupe, étaient de ne pas tirer avant lui.
    L’endroit où il à été abattu, est indiqué sur la photo ci après (voir la flèche) au centre de la ville de Draa el Mizan, en allant vers Tizi-Ghenif. Cette photo à été prise en 1959 par un soldat Français du contingent du nom de Gérard Van Der Linden, affecté à la SAS de Boumahni. En confondant les deux photos ci-dessous, l’une prise en 1959, l’autre en 2015, on remarquera que la rue où avait lieu l’attentat, n’à pas beaucoup changée.
    Le lieu de l’attentat est indiqué par la flèche rouge en allant droit sur la chaussée, juste au virage à droite. Ce n’était que vers 22 heures, qu’apparaissait ce traitre, en état d’ébriété et en face duquel se dressait si Mouhand Ouramdan, armé d’un fusil garant. Mouh N’Essaid l’ayant aperçu, dégainait son PA, mais son vis-à-vis était plus rapide que lui et l’a abattu en lui tirant dessus trois ou quatre coups pour l’abattre à jamais. Il était allongé sur la chaussée, notre chef le fouilla et lui enleva son PA. Quant à nous qui assurions la surveillance des environs immédiats, nous n’avons tirés aucun coup de feu, ce n’était pas nécessaire du moins, les munitions étant pour nous, une matière précieuse.
    Notre mission étant réussie 5/5, nous avions décrochés aussi tôt. Un silence profond régnait sur la ville, puisque le temps s’écoulant entre le moment de l’embuscade et la riposte de l’ennemi, dépassait une demi-heure. Nous nous retirâmes à la vitesse du vent, et ce n’était qu’après avoir traversés la moitié de la vaste plaine située entre la ville de Draa el Mizan et la foret de Boumahni, que nous entendions un déluge de feu tiré par les soldats ennemis.
    La photo ci-dessus prise en 1959, par un soldat français du nom de Gérard Van Der Linden, montre la plaine située entre la Ville de Draa el Mizan, à gauche et la foret de Boumahni, à droite, qui était notre point de repli. Pour y accéder, il fallait traverser cette vaste plaine située au nord de Draa el Mizan.
    Depuis ce jour, l’exécution de ce traitre redouté, avait ramené un certain apaisement au sein des habitants de la ville de Draa el Mizan et ses environs.
    A cette occasion, je me dois de rappeler ici, un autre fait de bravoure, parmi tant d’autres, accompli par le Lieutenant Hachour Mohand Ouramdan, membre de la zone IV Wilaya III. Ce valeureux moudjahid faisant parti de la compagnie qui accompagnait Si Amirouche, lors de sa mission dans les Aurès, en 1959. Au retour, il était l'un des rescapés de la section qu'il commandait, sa compagnie étant presque décimée, suite aux nombreux accrochages avec les troupes ennemies, qu’il ne pouvait pas éviter du fait de sa méconnaissance du terrain. Ils rentraient sur le territoire de la Wilaya III, avec le début de l'opération jumelle. Arrivés à la zone II, ils accrochèrent l'ennemi à Iouaqouren (Imchedallen). Ils ont subis d'autres pertes. Tout au long de se parcours, ils n'ont pas réussi à rentrer en contacte avec les moudjahidin. Ce n'est qu'en arrivant aux monts du Durdjura, près d’Ait Ouabane (Ain el Hammam), secteur I Région I Zone IV, qu'ils ont vu la fumée qui se dégageait d'une grotte. Ayant regardé à l’intérieur, Si mohand Ouramdan avait vu Da Elvachir Yahi, moudjahid et père de Si El Hafidh, qu'il connaissait déjà, en train de se réchauffer.
    Malgré tout, le destin à voulu que lui et moi, faisions partis des moudjahidin qui ont survécus à cette horrible guerre sans que nous ne soyons faits prisonniers par l’ennemi. Nous avions également faits un long chemin ensemble après l’indépendance, puis séparés par les exigences de la vie professionnelle, sans perdre de contactes. Notre dernière rencontre, remonte au 26-10-13 à Draa el Mizan, (voir photo ci-dessous, prise ce jour même) à l’occasion du recueillement organisé par l’APC de cette localité, à la mémoire du Chahid Belaouche Mohamed, dit Si Mohamed Oulhadj S/Lieutenant, affecté à la Wilaya IV en 1959 et tombé au champs d’honneur en 1960 prés de Draa el Mizan.

     

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  • Commentaires

    7
    khelifi si krim
    Lundi 4 Février à 00:33

    Je viens de lire avec fierte et emotion, le temoignage sur l'elimination physique du traitre moh said et je tiens a exprimer ici,  ma reconnaissance plus de 18annees  plus tard, a tous ceux - je connais personnellement certains- qui ont  contribue au succes de cette operation commando , par laquelle un groupe de Moujahidine de notre region, a reussi a venger les nombreuses victimes de ce khabith (hommes, femmes , vieux et jeunes dont moi meme, le jour de l'attentat par un Moussebel (Marche du Jeudi) contre le garde-champetre  francais du village, Barbarou) .

    Gloire aux  Chouhada . Je vous recontcterais si possible en venant a Dra el mizane. Salutations fraternelles

    6
    loulou
    Vendredi 8 Décembre 2017 à 22:38
    bonsoir,voilà je suis le fils de l'un des ces héros qui ont éliminés ce traitre
    mon père est le monsieur à gauche qui porte le béret surnommé Hcen Iverkouken,à chaque fois me racontais sur cette opération.
    merci pour ce témoignage si salah sachez monsieur que ces jour-ci nchalah je frappera à votre port pour vous voir avec mon père.
      • Rahmani
        Samedi 31 Mars 2018 à 18:23
        Bonjour
        Hcen iverkouken Allah Graham est de quelle région et village
        Merci
    5
    yac
    Mardi 18 Avril 2017 à 19:02

    Sans toucher au mérite de la famille Kahlouche ,

    mais, juste une précision, la photo des quatres moudjahidine sur le lit a été prise chez la famille Derradji dans une chambre qui existe toujours....et même le poste radio !!!!!!

      • Vendredi 21 Avril 2017 à 22:03

        Merci pour votre témoignage qui apporte de nouvelles et précieuses précisions. Permettez-moi de vous faire remarquer que Zazou ne dit pas le contraire sur les lieux en question et de ce fait ne vous contredit pas. 

    4
    zazou
    Mercredi 22 Mars 2017 à 23:25
    Bonjour, ma mère ma raconté cette histoire qui est resté gravé dansses memoires. Elle est la femme de ahmed kahlouche et a 82 ans elle evoque souvent cette periode et notamment cette grande victoire sur ce traître qui a traumatisé DEM. Elle a encore en memoire les chiens de l'armée française qui reniflait les lieux susceptibles d'avoir hébergé les moudjahidines. La fille de Ahmed kahlouche
      • Samedi 25 Mars 2017 à 09:34

        Merci pour votre témoignage qui confirme si besoin est l'Histoire. Bien cordialement.

         

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